ABC > Lettre : L > Mot : LITTÉRATURE > Rubriques : Poème, romance, idylle, en prose et en vers > Titre : Le nuage - André VAN HASSELT

André VAN HASSELT
poète belge
Maastricht (Belgique) 5 janvier 1806
Saint Josse ten Noode (Belgique) 1er décembre 1874
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Le nuage

Beau nuage que rien dans ta course n'arrête,
Qui franchis grands déserts et monts à haute crête,
Et qui marches toujours,
Sourd aux cris de douleur, sourd au rire de fête,
Ainsi que vont nos jours ;

Comme un oiseau qui vole et jamais ne se lasse,
Qui t'a lancé parmi les sphères dans l'espace,
Et d'en haut t'a dit : "Va !"
Dans l'Océan des airs n'es-tu qu'un flot qui passe
Aux pieds de Jéhova ?

Es-tu l'esquif errant où balancent les fées,
Avec des chants d'amour et des voix étouffées,
Quelque jeune âme en pleurs
Ravie au monde, hélas ! pour garder leurs trophées
De perles et de fleurs ?

Le char dont Mab conduit les rênes argentées
Cherchant à l'Orient ces rives enchantées
Qu'ignorent les hivers,
Par Moore le poète et sa muse hantées,
La muse des beaux vers ?

Ou l'ile voyageuse , empire de Morgane,
Délos magique, où luit le palais diaphane
Qui surgit un matin
Sous les doigts d'Ariel dont l'aile de spargane
Ressemble à du satin ?

Oh ! je voudrais savoir, nuage solitaire,
Quel nocher dans le ciel te guide avec mystère ;
Quelle invisible main,
Quelle voix inconnue aux échos de la terre,
Te montre le chemin ;

Et savoir où tu vas, aux débris de Palmyre,
Au golfe où Jagrenat de sa pagode mire
Les sommets radieux,
Ou bien à Bénarès qui parfume de myrrhe
Les autels de ses dieux ?

Vas-tu t'asseoir au haut de quelque pyramide,
Et bercer, dans tes plis, comme en un voile humide,
L'image d'un émir
Aux yeux de la sultane ornant son front timide
Des lis du Bendamir ?

Ou, frêle nef, penchant au mistral ta misaine,
Cingles-tu vers le cap qui recueillit Misène,
Ou vers ce bon Paris
Avec son Louvre assis sur le bord de la Seine
Qui lave ses ponts gris?

Mais n'importe , n'importe où le destin t'envoie,
Pourvu que le soleil répande sur ta voie
Ses rayons éclatan(t)s,
Et qu'un regard de femme, en souriant te voie
Et t'appelle long(-)temps ;

Et qu'à te voir venir du nord, ô beau nuage !
Un cœur aimé palpite, et vole à ton passage,
Et d'un mot caressant
T'invite , comme si tu portais un message
De son amour absent.

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