ABC > Lettre : L > Mot : LITTÉRATURE > Rubriques : Poème, idylle, en prose et en vers > Titre : Sous des nuages noirs, sans doute effarouchée... - Pierre NEBOUT

Pierre NEBOUT
auteur français
Auffay 22 août 1856 - 1920
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Sous des nuages noirs, sans doute effarouchée...

Sous des nuages noirs, sans doute effarouchée,
Pendant six longues nuits Phébé s'était cachée ;
Le ciel était tout triste et le poète aussi.
- Mais elle est revenue, elle vient, la voici,
Elle va lentement, au milieu des étoiles ;
Et la mutine encor se cache sous ses voiles,
Et tantôt m'éblouit de toute sa splendeur,
Ou disparatt avec un sourire moqueur.

Phébé. Phébé boudeuse, ô lune qui me raille,
Montre-toi, souris-moi pendant que je travaille,
Et viens me caresser de ton regard ami !
Viens, ne dévoile pas ton beau corps à demi,
Mais laisse ton nuage, et montre-tout entière
Ta beauté de blancheur, de calme et de lumière.

Je te vois. Cependant le voile nuageux
Me cache maintenant ton visage et tes yeux.
Rougis-tu de montrer, ô sereine maîtresse,
A mes yeux trop hardis ta splendeur de déesse ?
Voiles-tu par pudeur ton visage charmant ?
Alors ne rougis pas, tu sais qu'en ce moment
Dans ses draps enfoui le vulgaire sommeille,
Et pour te contempler seul le poète veille.

Enfin tu me souris, à ton fidèle amant
Tu te donnes enfin ; silencieusement.
Reste sur moi penchée, ô très sereine amie,
Apaise sous mon front ma pensée endormie ;
C'est pour moi que tu luis, lune, tu m'appartiens,
Lune, c'est pour moi seul qu'au rendez-vous tu viens,
C'est pour moi qu'en silence, entrant par ma fenêtre,
Ton fantôme léger dans ma chambre pénètre.
Je dormirai demain, car je veux aujourd'hui
Contempler jusqu'au jour ton sourire qui luit,
Et mon regard muet, ô muette amoureuse,
Veut suivre jusqu'au jour ta marche lumineuse.

1882

in Études et poèmes , Ébauches et croquis XIV - 1888

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